Il était une fois Patrick Montel …
Chaque lundi, retrouvez les récits de notre nouveau consultant, Patrick Montel, journaliste à France Télévisions, dans “Il était une fois Patrick Montel …”
Sale temps sur Monaco !
Les ultras en grève avaient déployé dans les virages désertés une banderole poignante. » Nous à 17 heures, le mercredi, on bosse ! » Pour un peu, j’aurais fait demi tour par solidarité avec le « Lumpen prolétariat monégasque » et pour faire bonne mesure, avec tous ceux qui se pressaient à deux pas de là dans les allées du salon du yacht. Louis II sonnait creux. Les footballeurs de l’ASM en costume sombre et chemise blanche venaient tâter la pelouse du bout de leurs souliers vernis, avec sur leur visage de jeunes premiers une moue désabusée. Bientôt il leur faudrait revenir en short et faire le métier. Des nuées de pigeons, indifférentes à leur triste condition, semblaient s’extasier de l’atmosphère légère, de cette rumeur qui bruissait sous le battement ce leurs ailes, d’une demande en mariage imminente. Les paparazzi du monde entier s’arrimeraient bientôt au rocher comme des moules indigestes tandis que Albert offrirait son profil à Charlène, en une duplication people planétaire. Jérôme de Bontin l’ami intime du prince, bombardé président du club de foot local, avait commandé une mixture indigeste qui laissait perplexe Ricardo, le grand chef brésilien préposé aux fourneaux. Au total près de 20 nationalités différentes étaient regroupées sur le pont du navire amiral qui mouillait péniblement dans les eaux calmes du championnat. Les dernières pépites du président étaient un coréen et un américain né au Ghana, dont les arrivées promettaient de booster les ventes de maillot rouge et blanc à Washington et Séoul, dans ces contrées vierges et prometteuses.
David , mon confrère de France 3, préposé aux interviews sur le bord du terrain était un jeune homme propret, fraîchement marié, qui chaque dimanche écumait les pelouses du district, le sifflet aux lèvres, pour arbitrer des matches de foot. Il racontait le quotidien de l’arbitre bénévole, livré en pâture aux excités rendus fous furieux par le lynchage d’une profession, devenue la tête de turc de tous les talk show. L’arbitre de base était un doux rêveur doublé d’un sado masochiste solitaire qui dans le meilleur des cas se contentait d’un florilège d’insultes bien senties. David lorsqu’il se déshabillait le soir en rentrant chez lui, comptait au dos de son maillot, le nombre d’impacts de crachats. » S’il étaient moins de dix, il estimait avoir réalisé une prestation honorable. » Entre Monaco et le PSG, la messe fut rapidement dite. Contraint d’utiliser l’esperanto à l’entraînement pour transmettre ses consignes, Ricardo semblait avoir renoncé à composer une équipe. Les joueurs se contentaient de réciter leur partition en solistes. Le PSG au petit trot s’imposa grâce à un caviar de Rothen pour Pancrate. Un pigeon imprudent fut blessé lors d’un duel aérien dans la surface monégasque. Longtemps après, il traînait douloureusement la patte. Pour lui la partie était finie. Pour les autres, la soirée commençait à peine.







