Une tribune du mérite
L’équipe de France de football est plus forte que U2. Il a suffi de quelques heures, quelques files indigestes sur le parvis des Fnac de France et les 50 000 places de France-Eire ont trouvé preneur. Pour un concert au même endroit, Bono et sa troupe n’ont pas fait mieux question timing. Viens alors le tour du paradoxe. Cela fait déjà quelques semaines, des mois, voire des années, que le public français se vouait au désamour de son équipe nationale. Une véritable déprime traduite dans les faits par des résultats sans âmes, des comportements égoistes, qui ont tutoyé le “jemenfoutisme” des “champions” face à la foule, bien aidés par une communication alarmante du sélectionneur. Toutefois si l’alarme avait détecté la fumée et de fait rententie, le bâtiment n’a pas pour autant été évacué. Et voilà que les Bleus ne parviennent pas à se qualifier directement pour le Mondial. C’est donc le plus illogiquement possible que le public se charge de répondre présent pour les barrages. En deux temps, trois mouvements (une heure et des brouettes en vérité). Le Stade de France sera complet pour Gourcuff comme pour U2. A la simple différence que ces derniers le méritent vraiment.
On nous assomme, on nous immerge sous de la paperasse sans intérêt. La “bible” s’y met alors les apôtres suivent. Cela va faire bientôt une semaine que “L’Equipe” abruti son monde avec ses unes de pacotille made in équipe de France de foot : “Peut-on croire en eux ?” par-ci, “Ça ne vous rappelle rien ?” par-là. En bon Français raisonnés que nous sommes, inutile de préciser que le divorce avec la bande à Raymond est plus que déjà consommé. Le système ne vaut pas un clou, les rapports devenus anti-fraternels entre les joueurs et le sélectionneur (Henry assumera peut être dans les prochains jours), le jeu nous emmerde profondément. Et cette coupe du monde. Mérite t’on seulement d’y être en dominant dans les grandes largeurs la Lituanie 1 à 0 et les Iles Féroé sur le même score ? Le sondage de l’équipe.fr du matin : “L’équipe de France est elle surcotée ?”, n’a eu pour effet que de me pousser à fermer une fenêtre web plus rapidement que prévu. Sérieusement, si la France embarque pour Johannesburg en juin prochain, tant mieux, mais si le vol est reporté à 2014 on en jouera pas un drame. Sauf peut être pour les façonneurs de pensée. D’ici là, les lignes éditoriales auront peut être encore retourné leur veste.
Les questions se dessinent naturellement : le monde du foot est il donc complétement dingue ? Ronaldo vaut il vraiment le transfert le plus important de l’histoire ? Deux fois non. L’argent a débuté son processus de pourrissement du sport depuis longtemps. Pas d’étonnement donc. Le transfert de Zidane en 2000 avait davantage marqué les esprits. 94 millions aujourd’hui : la réalité, la routine presque. Une famille royale qui passe par là, un club de prestige qui recrute “100% prestige” à défaut de logique et le tour est joué. En trois jours, 63 millions pour Kaka, puis près de 100 millions pour l’égérie portugaise (qui le vaut bien en terme de plastique pour quelques millions de femmes). Mais en somme, des chiffres, rien que des chiffres à défaut de substance et de jeu. Dernier message à tous les élèves qui passent leur baccalauréat dans quelques jours et qui rêvent de toucher professionnelement au sport : méfiez vous de négliger les maths. Plus que jamais, le sport c’est des calculs, où les lettres de noblesses rouillent progressivement sous le déferlement des chiffres.
L’exigeante planète du football laisse t’elle une place à la rédemption ? A 35 ans, Mario Jardel n’a plus qu’à enfiler un maillot, renouer avec les gammes, laisser le shit et la coke sur sa table de nuit et espérer. Mais le Brésilien qui veut coûte que coûte changer de vie, a déjà entamé tout un plan de rattrapage en retrouvant sa langue fourchue et aiguisée Ce n’est déjà pas si mal en ces temps d’incohérence physique et mentale: “Je suis meilleur que Ronaldo“. L’affirmation a déjà produit ses effets et ses moqueries inhérentes. Pataud, avachi, éléphantesque, Jardel connaît ses prochains travaux: se racheter une garde robe sportive version XXL pour y entreposer sa chair superflue qu’on soupçonne de ne jamais passer à la fonte, voire de réaliser un gigantesque autodafé alcoolisé avec les milliers de bouteilles de scotch descendues au rythme des matches télévisés. Mais que Jardel ne s’inquiète pas. Il faut franchir étape par étape pour reconquérir un public et soi-même. Aujourd’hui, il ne s’agit pas de recouvrer sa superbe d’antan (186 buts en 186 matches en Liga Portuguesa), mais seulement de ne pas se faire refouler aux essais proposés par une équipe du calibre de Nancy, comme cela avait été déjà le cas voici 3 ans. Alors, cap ou pas cap ?
Irréductibles pour tous les fans d’Astérix, dévoreurs de galettes-saucisses à leurs heures mais surtout fiers de leur pointe de France, les Bretons, sevrés depuis des années en Championnat, ont enfin décidé de jouer la Coupe à fond. Sage remise en question. Payante qui plus est : Rennes, Vannes et Guingamp joueront au Stade de France. Placés depuis une décennie mais jamais détenteurs du billet gagnant , les Rennais ont cette fois joué le coup de la Coupe à fond. Quitte à troquer la cinquième place habituelle en Ligue 1 pour une septième tout aussi reluisante. Englués dans les bas-fonds de la Ligue 2 depuis … (nous ne marquerons pas la durée par respect), l’EA Guingamp s’est démultiplié pour refaire parler de lui comme au bon vieux temps. Celui d’une finale abandonnée à Nice en 97 aux tirs au but. Cette année encore, les pensionnaires du Roudourou devraient en toute logique subir la loi des efficaces rennais. Même chanson pour Vannes. Après tout une série d’exploits similaires, les morbihannais ne feront pas le poids face à un Bordeaux transformé enfin en machine de guerre. Tour de Bretagne fait, ne manque plus qu’à l’appel Lorient et Brest. Pas de pot : Rennes a disposé des premiers nommés pendant que Guingamp sabrait le cidre et dégustait le traditionnel far au four (gâteau breton) au bout des prolongations devant Brest en 16e. Mais comme aimait à le rappeler l’écrivain du 18e siècle Chamfort :
Cinquante secondes de reportage sur l’OM ont suffi à perturber mon cycle hormonal. Cinquante secondes de ridicule pour les acteurs, cinquante secondes de souffrance pour moi. Dans un bistrot du vieux port (cliché oblige), un homme, qui s’est fait quelques cheveux blancs ces dernières années parallélement aux résultats désastreux de son équipe, recouvre toutes les dispositions d’un Marseillais basique (je ne généralise pas). L’éxagération, le ton sournois et l’anticipation (souvent désastreuse) : “Je n’hésite pas à le dire, nous sommes déjà champions de France”. A Marseille, la Ligue 1 ne dure donc que 32 journées. Pas une mauvaise nouvelle en soi au vu du niveau affligeant de football développé par les 20 formations françaises. Mais restons dans le sujet. Un peu plus tard dans le reportage, un vieux pécheur, dont les propos se déchiffrent laborieusement entre ses dents manquantes, vante les qualités de la ville : “A Marseille, nous sommes les meilleurs en tout. C’est aussi simple que cela”. Après l’analyse de cette phrase riche en information, une révélation s’impose à moi. “Pourrais-je exercer un jour le métier de journaliste sportif, alors que dix secondes avant les propos de ce brave Monsieur, j’ignorais que les Marseillais étaient “les meilleurs en tout” ?”. Et contrairement à ce pêcheur (apparemment débarqué tout droit d’une île déserte sur laquelle il avait du s’échouer un certain temps), je ne connaissais pas l’équipe de rugby phocéenne qui a décroché haut la main le Bouclier de Brennus ces dernières années, ni même l’Olympique de Marseille basket-ball qui soulève depuis une décennie le pesant trophée de la LNB. Dommage pour moi. Ma formation sera donc plus longue que prévu. Et ne serait-ce que pour cela, je remercie activement les Marseillais pour leur précieuse aide.
Chaque grande ville française assume ses tares. Paris son palais des sports Pierre de Coubertin en briques rouges mal lavées, Marseille ses annuaires pages jaunes au beau milieu de la voie publique et Lyon son tunnel de la Fourvière sans âme, vulgaire trou dans la roche et constamment bouchonné. Nice a son Ray. C’est peu et déjà beaucoup à la fois. Au milieu des palmiers, à quelques pas de la grande bleue, un stade de fortune. Tenu par quelques poutres d’acier qui n’aspirent en rien la confiance. Une usine d’extérieur, un entrepôt à première vue. A l’image bling-bling, sun and glasses, que l’on se construit à première vue de la cité, son stade n’est en rien aphrodisiaque. Il est un des derniers boutons d’acné sur un visage en bonne voie de guérison. Le maillot rouge et noir exhibe une âme, un véritable esprit autour de lui, c’est indéniable. Mais la vox-populi niçoise elle-même en a plus que marre. Cela ne peut plus durer. Coincé entre la 5e et 15e place de l’élite du foot, Nice ne demande qu’à briser cette damnée membrane qui l’empêche de figurer tout en haut. Cette membrane, c’est le Ray et le Grand Stade ne sera pas livré par FedExpress. 2013, c’est loin mais c’est aussi beaucoup de points gâchés. Le Racing club de Strasbourg estime abandonner cinq à six points par saison dans la bataille en raison de la vétusté de ses infrastructures. Le gouffre est donc aussi comptable.





