Bill perd la boule, puis la retrouve
En deux jours, l’Américain Bill Demong aura écrit deux grands paragraphes de sa carrière. Nous sommes aux Mondiaux de Combiné Nordique. Le soleil brille sur la station tchéque de Liberec. Le concours de saut par équipe va débuter d’un instant à l’autre. Les Etats-Unis, avec Lodwick et Demong en chefs de file, sont les favoris indiscutables de l’épreuve. Mais leur statut va basculer. En un rien. Le temps d’une étourderie. D’un instant de pression. C’est au tour de Demong de s’élancer après ses équipiers. Son objectif : placer les States sur les traces de la victoire en vue de l’épreuve de fond. Mais Demong n’est pas prêt. Il panique tout en haut du tremplin. Dossard oublié. Evaporé. Le palpit monte, grimpe, s’envole. Mais pas Demong. Il reste à quai. Bredouille, tout en haut du tremplin. Le temps est dépassé. Les Etats-Unis ne seront pas champions du monde pour une brindille. Un bout de tissu oublié à quelques centaines de mètres en contrebas. Demong redescend le moral dans les chaussettes. Il est temps de se changer. De boire peut-être pour oublier et de s’inspirer de la recette de son compatriote Bode Miller. L’Américain enlève sa combinaison, puis reste de marbre. Stupéfait comme ceux qui l’entourent. Son dossard est là. Sous sa combinaison. Ridicule épilogue d’une journée à couper au couteau.
Vingt-quatre heures plus tard. A 50m de la ligne, Demong est seul. Un dernier coup d’oeil dans le rétro et l’Américain peut fiérement serrer les poings en signe de succès, la gueule enfarinée par l’effort, la salive de la repentance dégoulinante. Il remporte le titre individuel et laisse le titre de champion du monde du ridicule aux oubliettes. Une belle vengeance. Le sport, sa belle histoire et ses anecdotes croustillantes comme on les aiment …
Infatigable, indétrônable et tout simplement imbattable … A 35 ans, Ole Einar Bjoerndalen vient de rafler quatre nouveaux titres de champion du monde. Sur la neige de Pyongchang en Corée du Sud, le vieux renard des pistes de fond a su une nouvelle fois marquer les esprits, sept ans après sa razzia d’or aux Jeux de Salt Lake City. En totalisant 86 victoires sur le circuit de la Coupe du monde, il peut définitivement enfiler la combinaison de plus grand biathlète de l’histoire.
La France peut-elle se satisfaire de ses trois médailles d’argent à Val d’Isère ? Non. A domicile, elle n’a pas réussi à “voler” un titre majeur comme l’ont fait dans un passé peu lointain les furtifs Dénériaz, Crétier ou Montillet. Cette fois, avec de solides favoris comme Grange, voire Lizeroux, la France pouvait espérer mieux. A domicile qui plus est. Mais la fête n’a donc pas été totale. Les bouteilles de champagne de la victoire son restées bouchées et le coq n’a pas hurlé au bon matin. Si Lizeroux et Marchand-Arvier ont quelque peu sauvé les meubles et les apparences avec leur argent, Grange a sombré, accablé par la pression, par la volonté de trop bien faire, dans un pays qui aurait pourtant pu lui pardonner facilement une simple médaille. Mais le champion en herbe est encore trop émotif et va devoir rapidement se gonfler les épaules s’il veut enfin décrocher le globe de cristal du slalom. Les performances de Lizeroux (deux médailles d’argent) restent une bonne chose certes, mais il ne faut pas oublier que ce dernier bénéficiait d’un avantage conséquent sur Grange : il profitait de l’ombre de celui que tout le monde attendait. Lizeroux, en surprise plus ou moins espérée mais pardonnée en vitesse en cas d’échec, a fait son boulot. Non, la seule et véritable consécration, révélation de ces Championnats côté tricolore reste Marie Marchand-Arvier, qui a effacé le fantôme qu’est devenue Ingrid Jacquemod pour s’emparer fermement des rênes de l’équipe nationale de vitesse, qu’elle devrait garder dans le futur. La jeune laxovienne a décroché LA médaille inespérée. Mais pour les titres on peut encore attendre. Vancouver certainement, si d’ici là Grange est véritablement entré dans le cercle des champions …
Trop fétârde Lindsey Vonn ? La belle américaine de 24 ans a pourtant des circonstances atténuantes. Elle est jeune mais aussi et surtout fraîchement couronnée championne du monde du super-G et de la descente. De quoi faire pétiller vigoureusement, voire consommer une bouteille de champagne (ou à défaut, restons sportifs, une coupe) … en France qui plus est. Mais voilà : les rocs de l’alpin, au mental d’acier et au physique de plomb, ne sont pas à l’abri d’une sommaire mésaventure. La vaillante Lindsey, du haut de son mètre soixante-dix huit et de ses 68 kilos bien tassés, s’est ainsi éparpillée une bribe d’instant. Résultat : en tentant le périlleux exercice de sabrer le champagne avec un de ses skis, elle a du lâcher du lest et sacrifier un de ses membres. Son pouce. Blessée, puis opérée dans la foulée, l’ex-mademoiselle Kildow passera sa journée de jeudi sur le bord de la piste à défaut de jouer le triplé sur le géant. Et dire que cela s’est joué à une goutte près …
Deux grands sourires. Deux potes. Une seule et même joie. Avec un doublé historique à Kitzbühel, les skieurs français nous ont gâté ce week-end et il est bien normal de leur tirer un vrai coup de chapeau. Ces deux-là en ont bavé. Ces deux-là se sont battus comme des chiens, avec la réussite ou pas. Mais aujourd’hui définitivement, Jean-Baptiste Grange et Julien Lizeroux ont réussi leur exploit. Celui de rendre au ski tricolore ses lettres de noblesses, rouillées par le temps, effacées depuis que Luc Alphand n’a pas posé ses le bout de ses spatules dans un portillon de départ. On peut bien parler, il est vrai, des coups d’éclats des Montillet, Dénériaz ou autres Crétier. Mais ce n’étaient que des coups d’éclats. Des brefs passages, des holds-up sans lendemain. Avec Grange et Lizeroux c’est l’hégémonie bleu-blanc-rouge sur une discipline, qui renaît de ses cendres. Si Grange et son bonnet de Valloire, a inscrit son nom sur la porte d’une télécabine de Kitzbühel* avant Lizeroux, ce dernier bénéficie de circonstances plus qu’atténuantes. “Juju” a perdu son frangin sur une piste à Wengen. C’était il y a tout juste un an. Mais au lieu de baisser les bras, de mettre le sport entre parenthèses, celui contre qui le sort s’est rudement acharné (places d’honneurs sans podiums, sorties de pistes en seconde manche …) a bien montré ce dimanche que le destin se maîtrisait. A force de vouloir, on peut. Le message de nos skieurs est bien passé. A bon entendeur.




